par Marco Silvestro
J’ai été impliqué dans la récupération de surplus invendus de nourriture à partir d’août 2005, alors que je participais au 3e Campement autonome de la jeunesse québécoise. J’avais déjà bénéficié des repas collectifs de Food not Bombs et de Peoples Potato. Mais lors de ce 3e Campement jeunesse j’ai constaté, pendant deux semaines, que des légumes et des produits laitiers récupérés dans les poubelles ou directement chez des distributeurs pouvaient nourrir 200 personnes, 3 fois par jour, et qu’en plus, ce pouvait être bon. En revenant à Montréal après un été à la campagne, je me suis tout naturellement collé au groupe qui, après le campement, continuait de récupérer fruits et légumes et de cuisiner collectivement, offrant un dîner gratuit par semaine aux étudiant-es de l’UQÀM. Le collectif existait déjà sous le nom d'Agite-Bouffe. Depuis lors, la majorité des fruits et légumes et du pain consommés chez moi proviennent des poubelles ou des surplus récupérés directement chez les marchands.
Dans cet article, je voudrais, en me basant sur ma propre expérience et sur des échanges avec d’autres personnes récupératrices de nourriture, exposer ma compréhension de cette pratique et de la philosophie qui la sous-tend. Je vais commencer par évoquer ses origines et la situer dans le contexte québécois. Je montrerai ensuite comment "la récup’ de bouffe" participe d’une conception de l’engagement politique qui se base sur quelques grandes valeurs : la protection de l'environnement, la convivialité, le "do it yourself" et l’autonomie face aux grandes corporations. L’agencement de ces valeurs donne des pratiques et des discours enracinés dans des modes de vie contestataires, ce qui illustre d’après moi l’engagement politique au quotidien qui semble devenir une constituante de l’action collective contestataire actuelle.
Page reliée : Les déchétariens ou la récupération alimentaire, Macadam Tribus, 19.10.2007
